Le navarin d’agneau de ma grand-mère : la recette

Navarin d'agneau grand-mère en cocotte en fonte, viande fondante et légumes glacés, sauce brune, lumière naturelle

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Points clés à retenir

  • Choisir l’épaule ou le collier, jamais le gigot : le collagène est indispensable.
  • Torréfier la farine 5 min au four avant de singer pour éliminer le goût de cru.
  • Glacer les navets à part (beurre + eau + sucre) pour supprimer leur amertume.
  • Mijoter à 140 °C au four ou à frémissement doux, 1h30 à 2h minimum.
  • Ajouter les petits pois 10-15 min avant la fin, après blanchiment de 3 min.

Qu’est-ce que le navarin d’agneau à l’ancienne ?

Origine du plat et pourquoi on dit « à la grand-mère »

La recette navarin d’agneau grand-mère ne s’invente pas. Elle se transmet. Le mot « navarin » tiendrait son origine du navet, légume pivot du plat depuis le XIXe siècle, ou d’une bataille navale de 1827 selon d’autres sources.

C’est l’expression « à la grand-mère » qui donne au plat toute sa dimension : une cuisine de patience, de gestes précis, de sauce construite à force de mijotage lent. C’est ça, le génie du lieu : une recette qui raconte d’où elle vient avant même qu’on la goûte.

Les articles de cuisine livrent souvent une recette correcte de navarin. Ce que personne ne détaille vraiment, ce sont les gestes : la farine torréfiée à sec avant de singer, l’écumage minutieux du bouillon, les navets glacés à part pour effacer leur amertume naturelle. Ce sont ces détails-là qui font la différence entre un navarin ordinaire et celui dont on se souvient.

Navarin printanier vs navarin d’hiver, quelle différence ?

Le navarin printanier est une fête de légumes nouveaux : navets primeurs, carottes fanes, petits pois frais, haricots verts fins. Plus délicat, plus léger en bouche, il arrive avec les premières douceurs d’avril.

Le navarin d’hiver, dit aussi « à l’ancienne », s’appuie sur des légumes de garde : navets et carottes ordinaires, oignons bien fondus, parfois des pommes de terre. La sauce est plus corsée, le plat plus enveloppant. C’est cette version que ce guide développe : celle qu’on sort quand les températures chutent et que la maison a besoin de cette odeur-là.

Navarin d'agneau grand-mère : 1. Torréfier la farine, 2. Colorer l'agneau, 3. Singer et mouiller, 4. Mijoter 1h30 à 2h, 5. Glacer les navets à part, 6. Finir avec les petits pois

Les ingrédients pour 6 personnes

Le choix du morceau d’agneau (épaule, collier, haut-de-côtelettes)

On ne fait pas un navarin avec du gigot. Trop maigre : il sèche à la cuisson longue. Pour un plat mijoté, il faut du collagène, du gras interstitiel, de la matière qui se délite lentement. L’épaule désossée est le meilleur choix : facile à couper en cubes réguliers de 5 cm, elle tient bien à la chaleur et donne un bouillon d’une richesse remarquable.

Le collier et le haut-de-côtelettes fonctionnent aussi très bien, surtout si vous aimez manger à la main — les os rendent le bouillon encore plus gras et goûteux. Comptez 1,2 à 1,8 kg pour 6 personnes, selon l’appétit et la générosité du reste du menu.

Les légumes de saison indispensables

Pour la version hivernale, il faut : 4 carottes coupées en tronçons épais, 4 navets moyens pelés et coupés en quartiers, 2 oignons émincés, 2 gousses d’ail, 200 g de petits pois (frais ou surgelés). Les petits pois arrivent en fin de cuisson — ils n’ont pas besoin de deux heures de mijotage.

Les aromates et le bouquet garni traditionnel

Le bouquet garni est l’âme discrète du plat. Thym, laurier et tiges de persil liés ensemble suffisent. Certains ajoutent une branche de céleri ou un peu de romarin : à vous de voir selon vos habitudes. L’essentiel est souvent dans le détail : un bouquet bien fait, un bouillon soigneusement écumé en début de cuisson, et la sauce devient une vraie sauce plutôt qu’un fond de casserole.

La recette navarin d’agneau grand-mère étape par étape

Faire dorer la viande correctement (la clé du goût)

C’est l’étape que beaucoup bâclent, et c’est l’étape qui fait tout. La viande doit être parfaitement sèche avant d’entrer dans la cocotte : épongez-la avec du papier absorbant. La cocotte doit être très chaude, avec un filet d’huile neutre. Les cubes d’agneau ne doivent pas se toucher. Travaillez par petites fournées.

La coloration doit être franche, presque caramélisée sur toutes les faces. C’est la réaction de Maillard qui construit le fond de goût du plat entier. Si vous précipitez cette étape, le navarin ne développera jamais la profondeur qu’on cherche. Réservez la viande dorée dans un plat et déglacez les sucs avec un peu d’eau ou de vin blanc.

Singer la viande et monter le bouillon

« Singer » la viande consiste à la saupoudrer de farine pour épaissir la sauce. L’astuce des cuisinières d’autrefois : torréfier la farine au four pendant 4 à 5 minutes à 180 °C avant de l’utiliser. Elle prend une légère couleur noisette et perd son goût de cru. Le résultat dans la sauce est incomparable.

Remettez la viande dans la cocotte, saupoudrez de farine torréfiée, remuez une à deux minutes sur feu moyen. Ajoutez ensuite 25 cl de vin blanc sec, grattez bien les sucs, puis du bouillon chaud jusqu’à hauteur. Glissez le bouquet garni, salez légèrement et portez à frémissement.

Ajouter les légumes dans le bon ordre

L’ordre d’ajout des légumes n’est pas un détail : c’est ce qui fait la différence entre un navarin réussi et une bouillie. Les carottes entrent dès le début, avec la viande. Les oignons aussi. Les navets arrivent 30 à 40 minutes après, selon leur taille.

Si vous utilisez des petits pois, faites-les blanchir 3 minutes à l’eau bouillante salée avant de les incorporer, 10 à 15 minutes avant la fin de la cuisson. Un petit pois bien vert qui a gardé son croquant, c’est autre chose qu’un petit pois gris qui a rendu son eau depuis une heure.

La touche grand-mère : glacer les navets à part

C’est le geste qui change tout. Plutôt que de jeter les navets directement dans la cocotte — où ils absorbent l’amertume du bouillon — on les glace à part. Dans une petite casserole, réunissez les navets en quartiers, 20 g de beurre, 2 cuillerées à soupe d’eau et une pincée de sucre. Couvrez et faites cuire à feu moyen pendant 15 à 20 minutes, en secouant régulièrement, jusqu’à ce qu’ils soient tendres et légèrement nacrés.

Le glaçage des navets à part est le geste signature de la version grand-mère : il élimine l’amertume naturelle du légume et lui apporte une douceur légère qui équilibre la richesse de la viande.

Incorporez-les dans la cocotte seulement en fin de cuisson, pour qu’ils gardent leur tenue. J’ai retenu cette technique la première fois que j’ai mangé un navarin sans aucune amertume. Avant, je ne comprenais pas pourquoi les navets me gênaient systématiquement dans ce plat.

Pour visualiser chaque geste dans le détail, cette vidéo de Philippe Etchebest détaille la technique avec précision, de la coloration à la liaison de la sauce.

Temps de cuisson et astuces pour une viande fondante

Cuisson à la cocotte sur le feu vs au four

Les deux méthodes fonctionnent, à condition de respecter les basses températures. Sur le feu, maintenez un frémissement très doux pendant 1h30 à 2h : la surface du bouillon doit à peine bouger. Au four, enfournez la cocotte couverte à 140 °C : la chaleur enveloppe uniformément et évite les risques de brûler le fond.

C’est la cuisson au four que je préfère pour cette recette. Elle libère entièrement la cuisinière pendant le mijotage et donne une viande d’une tendresse régulière, sans surveillance.

MéthodeTempératureDuréePoint fort
Cocotte sur le feuFrémissement doux1h30 à 2hContrôle visuel constant
Four couvert140 °C1h30 à 2hChaleur uniforme, mains libres
Cocotte-minutePression standard35 à 40 minRapidité en semaine
CookeoCuisson rapide30 minPraticité, résultat honnête

Comment savoir si l’agneau est assez tendre ?

Un bon navarin, ça ne se pique pas : ça se défait. Plantez la pointe d’un couteau dans un cube d’épaule : elle doit s’enfoncer sans résistance et le morceau doit presque se séparer sous une légère pression. Si vous sentez encore une traction, remettez le couvercle pour 20 minutes.

Si la sauce est trop liquide en fin de cuisson, retirez le couvercle et laissez réduire à feu moyen pendant 10 à 15 minutes. Si elle est trop épaisse, allongez avec un filet de bouillon chaud et remuez doucement.

Variantes et adaptations de la recette

Navarin sans gluten (remplacer la farine)

Pour une version sans gluten, remplacez la farine de blé par de la fécule de maïs ou de la farine de riz, en même quantité. La fécule n’a pas besoin d’être torréfiée au préalable : on la saupoudre directement sur la viande dorée.

La sauce sera légèrement plus transparente, moins veloutée en bouche, mais le résultat reste parfaitement satisfaisant. Sans chichis, mais avec soin : c’est tout ce qu’on demande à cette recette.

Version Cookeo ou cocotte-minute

En cocotte-minute traditionnelle : saisissez la viande en mode « rissoler », singez, mouillez, puis fermez et cuisez 35 à 40 minutes sous pression. Carottes et navets entrent avec la viande — les petits pois après décompression, en mode « maintien ».

Au Cookeo, utilisez le mode « dorer » pour la coloration, puis 30 minutes en cuisson rapide. La texture sera plus fondante que fibreuse, ce qui est différent de la version mijotée lente mais reste très agréable. Évitez de promettre le même résultat qu’une cuisson de 2 heures : ce serait trompeur.

Avec quoi servir le navarin d’agneau ?

Accompagnements classiques

Le navarin se suffit presque à lui-même : la viande, les légumes et la sauce forment déjà un plat complet. Quelques pommes de terre vapeur ou un écrasé à l’huile d’olive absorbent la sauce à merveille si vous voulez étoffer le repas.

Du pain de campagne grillé, frotté à l’ail, fait aussi l’affaire. On ne mange jamais seul autour d’un navarin : c’est un plat de tablée qui appelle le pain qui circule, les assiettes qui reviennent, les conversations qui durent.

Vins conseillés pour accompagner le plat

L’agneau appelle des vins avec du caractère, sans excès de tanins. Côté rouge, un Côtes-du-Rhône villages, un Saint-Chinian ou un Bandol rouge épousent bien les arômes du plat. Un Bergerac rouge ou un Bordeaux supérieur fonctionnent aussi très bien à prix raisonnable.

Pour aller un cran plus loin, un Gigondas ou un Vacqueyras apporte une profondeur épicée qui s’accorde avec la douceur des navets glacés. À servir à 16-17 °C — pas plus.

Questions fréquentes

Quelle partie de l’agneau utiliser pour un navarin tendre ?

L’épaule désossée reste le meilleur choix : riche en collagène, elle devient fondante à la longue cuisson. Le collier et le haut-de-côtelettes fonctionnent aussi très bien et donnent un bouillon encore plus riche grâce aux os. Évitez le gigot, trop maigre pour un mijotage de deux heures.

Peut-on préparer le navarin d’agneau la veille ?

Oui, et c’est même conseillé. Le navarin est meilleur réchauffé : les saveurs se concentrent et la viande gagne encore en tendreté. Réchauffez à feu doux en ajoutant un filet de bouillon si nécessaire. Ne remettez les petits pois qu’au moment de servir pour qu’ils gardent leur couleur.

Comment épaissir la sauce du navarin si elle est trop liquide ?

Retirez le couvercle en fin de cuisson et laissez réduire à feu moyen pendant 10 à 15 minutes. Vous pouvez aussi délayer une cuillère à café de fécule de maïs dans un peu d’eau froide et l’incorporer en remuant — la sauce épaissit rapidement sans grumeaux.

Navarin d’agneau ou blanquette d’agneau : quelle différence ?

Dans la blanquette, la viande n’est pas dorée : elle est pochée directement dans le bouillon. La sauce est blanche, liée à la crème et aux jaunes d’œufs. Dans le navarin, la viande est saisie et colorée, la sauce est brune, plus corsée. Les légumes se ressemblent, mais le résultat en bouche est entièrement différent.

Peut-on faire un navarin d’agneau en cocotte-minute ou au Cookeo ?

Oui. En cocotte-minute, comptez 35 à 40 minutes sous pression après la phase de coloration. Au Cookeo, 30 minutes en cuisson rapide suffisent. La texture sera plus fondante que fibreuse. Moins complexe que la version mijotée, mais tout à fait honnête pour un dîner de semaine.

Pourquoi mes navets sont-ils amers dans le navarin ?

Les navets dégagent une légère amertume quand ils cuisent directement dans un bouillon. La solution est de les glacer à part dans une casserole avec beurre, eau et une pincée de sucre, pendant 15 à 20 minutes. Incorporez-les au navarin seulement en fin de cuisson : le résultat est radicalement différent.

Peut-on congeler le navarin d’agneau ?

Oui, sans problème. Congelez sans les pommes de terre (elles ne supportent pas la congélation) ni les petits pois. La viande et la sauce se conservent 3 mois au congélateur. Décongelez au réfrigérateur la veille et réchauffez à feu doux en ajoutant un peu de bouillon si la sauce a épaissi.

Quel vin servir avec un navarin d’agneau ?

Un rouge du Midi de préférence : Côtes-du-Rhône, Bandol, Gigondas. Un Bergerac rouge ou un Bordeaux supérieur conviennent aussi très bien. Évitez les vins trop tanniques et jeunes — ils écrasent la délicatesse des légumes. Servez entre 16 et 17 °C : c’est à cette température que la recette navarin d’agneau grand-mère révèle tout ce qu’elle a à dire.

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